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Etat des lieux

TransportAstroMinier

Ca avait été terrible. Plus d'une centaine d'attentats avait été perpétrés, et malheureusement tous n'avaient pas été virtuels, Cid en savait quelque chose. Il était en route vers l'atelier d'assemblage spatial dont on l'avait nommé chef un mois plus tôt, quand celui-ci avait tout simplement explosé, avec l'astéroïde sur lequel il était construit. Il avait eu beaucoup de chance, et son équipe aussi car il n'y avait alors personne dans le bâtiment. Cid avait entendu parler de pauvres diables sur un autre atelier qui n'avait pas eu cette aubaine.

D'autres attentats avaient eu lieu sur les planètes habitées. Des bâtiments appartenant à diverses entreprises multi-planétaires. Il y avait eu d'autres victimes évidemment. Tous les attentats avaient eu lieu quasiment simultanément, pour que l'effet de surprise soit maximal. Les régions pour lesquelles l'attaque avait eu lieu de jour étaient donc bien plus dramatiquement atteintes.

Les attentats avaient été revendiqués par plusieurs groupes anti-Arche, mais un nom semblait plus présent que les autres : « Les gardiens de Vescaf ». Ca raisonnait comme une obscure référence mystique aux oreilles de Cid. Une recherche rapide sur le GCN ne lui apprit rien, mais sans doute que la réponse apparaîtrait d'elle même d'ici quelques heures. De toutes façons, il avait mieux à faire : trouver un autre astéroïde pour faire son Job, et remettre en état les installations en place.

Pour la première partie, Cid n'était pas inquiet : il y avait plein d'astéroïdes aménagés désaffectés suite à l'épuisement des ressources qu'ils contenaient, et il était souvent très facile et peu coûteux de les réutiliser. Pour le reste, il espérait juste que les précédents occupants avaient étés respectueux de leurs installations.

« Wedge, tout va bien? appela-t-il sur le GCN.
- Ouais vieille branche. Pas d'attaque chez nous. Peut-être qu'ils essayent d'éviter les dommages collatéraux. »

Le centre de formation des pilotes était situé en plein milieu d'un des astéroïdes les plus peuplés. Tous les attentats physiques avaient eu lieu à des endroits ou le public n'était pas censé se trouver.

« Et de ton côté? reprit le pilote.
- A part que mon travail du mois est complètement foutu, tout baigne!
- Content d'entendre ça. Tu veux qu'on se paye un verre après le boulot pour se remettre? J'amènerais un collègue.
- Pas de refus! Bon, à plus tard.
- A plus. »

Cela faisait dix bonnes minutes que Cid avait contacté son QG pour rendre compte juste après l'incident. On avait trouvé rapidement un astéroïde pour lui permettre de reprendre son travail le plus vite et en moins de 3 minutes 42 secondes, la navette avait une nouvelle destination qu'elle s'empressait maintenant de rejoindre.

La traversée d'un champs d'astéroïdes peut sembler périlleuse pour qui ne connaît que les films de science-fiction où des vaisseaux individuels arrivent à slalomer entre un nombre impressionnant de rochers séparés par des distances souvent très courtes pour le plus grand bien du suspens et de la dynamique de l'action. Mais s'il reste encore des astéroïdes de plusieurs kilomètres de diamètre dans la ceinture d'astéroïdes, c'est que ceux-là sont suffisamment espacés pour ne pas se rencontrer malgré des millénaires de péripéties diverses et variées. Largement plus qu'il n'en faut à cent vaisseaux comme le Kurotsuki pour manœuvrer sans aucun soucis de front, alors pour la petite navette qui transportait Cid et son équipe, ça équivalait bien au vide interstellaire. La seule différence était que le paysage ressemblait un peu moins à une image de fond en deux dimensions.

En plus des astéroïdes plus ou moins visiblement aménagés, il y avait une grande quantité de vaisseaux qui traversait l'espace allant d'un point inconnu vers une destination incertaine aux yeux du spectateur. Pas suffisamment pour créer des problèmes de circulation (ce qui serais assez étonnant étant donné l'immensité de la ceinture) mais suffisamment tout de même pour que ces vaisseaux se rapprochent souvent assez près pour qu'on puisse en distinguer les formes. Les plus gros avaient souvent des formes assez simples : grand parallélépipèdes ou immenses ballons de rugby; tandis que les plus petits, souvent des vaisseaux de riches particuliers, avaient des formes plus inventives.

La navette de Cid appartenait à l'entreprise qui l'employait : Kosmiceskoj Texniki, familièrement Kosmi. Elle ressemblait à une gigantesque brique plate. Elle n'avait pas de hublot : si un passager voulait voir ce qu'il se passait dehors, il se connectait aux caméras externes du vaisseau. Ce n'était certainement pas l'engin le plus esthétique que Cid avait eu l'occasion de voir, mais il était très bon à ce qu'il faisait : transporter un nombre important de personnes, dans un confort appréciable.

Cid avait réglé son interface visuelle pour voir en surimpression de la paroi avant du navire les images des caméras de proue : c'était pour lui comme si cette paroi était invisible. Il vit ainsi son nouveau lieu de travail depuis l'extérieur tandis que la navette effectuait les manœuvres d'approche. Comme toutes les stations que Cid connaissait, on ne voyait que quelques rares excroissances métalliques dépasser de l'énorme rocher. Un énorme rocher, vraiment! C'en était étonnant que personne n'ait voulu le réutiliser plus tôt.

L'astéroïde aurait pu être le lieu de l'un de ces films d'horreurs : apparemment vide de toute vie, et surtout isolé du reste de la civilisation. L'absence du matériel habituel nourrissait cette impression qu'il avait déjà en temps normal quand il prenait son service, car toute l'équipe commençait à la même heure – ça réduisait le nombre de transports. Cela permettait aussi de diminuer le nombre de personnes connaissant les sites sensibles. Cette dernière précaution avait pris un sens nouveau depuis peu. Cid inspecta les voyants de sécurité de l'ancienne exploitation : tout était OK, il ouvrit la porte du hangar pour que la navette puisse se poser.

Une fois la navette immobile, la proue bascula en avant pour faire office de rampe de débarquement. Premier sorti, Cid attendit que la navette soit repartie pour s'adresser à ses hommes :

« Bon, les gars, vous allez me faire un inventaire de ce qu'il y a comme matériel ici et on rapportera ça à la maison mère aussi vite que possible pour combler les manques. Un vaisseau est déjà en route pour nous apporter ce qu'on est déjà certain qu'il nous manque et ce serait aussi bien si on pouvait le vider rapidement et finir d'installer tout ça avant la fin de la semaine. Aller, au boulot! »

Joignant le geste à la parole, il partit vérifier ce qui allait sans doute être son nouveau bureau.

Vérifiant le trajet sur le plan de la station, quelque chose l'intrigua : Elle ne ressemblait à aucune station minière qu'il connaissait. Même s'il n'en n'avait pas vu beaucoup, il lui semblait que celle-ci était trop bien aménagée pour le confort des occupants, et il ne voyait pas où les anciens occupant étaient censés avoir miner. Cette fois encore, Cid prit mentalement note de cette bizarrerie et mit cette note dans un coin de son esprit pour y réfléchir plus tard, comme on pose un post-it sur un bureau encombré en se promettant d'y revenir la semaine prochaine.

Avançant dans les couloirs silencieux, il arriva à un endroit où le couloir tournait vers le haut. D'après les plans, le bureau était quelques mètre au dessus de Cid, mais il ne voyait aucune échelle. Il y avait des traces de pas sur le mur... Il mit un pied sur le mur, puis l'autre... C'était surprenant! Le devant était devenu le bas et le bas était devenu l'arrière! Bien sur, ce n'était pas impossible, mais on évitait en général de perturber les gens avec des changements de direction de pesanteur aussi brusque, et les ascenseurs étaient tellement moins compliqués à installer... Vraiment curieuse cette station. Le bout du couloir était arrondi vers le bas, sans doute pour faciliter le changement de gravité. D'après le plan, le bureau se trouvait à l'extérieur de l'astéroïde.

La vue du bureau était impressionnante : Toutes les parois étaient transparentes et donnaient l'impression d'être en verre. La structure laissait à penser qu'elle avait était dessinée et réalisée à l'ère de la vapeur. Mais ce n'était pas ce qui retenait l'attention de Cid quand il pénétra dans la pièce. Sur le fauteuil du bureau, attendait un vieillard d'un âge certainement avancé, au vu des nombreuses rides qui parcouraient son visage, quoiqu'il était difficile d'être plus précis. il était grand, mince mais pas maigre, et n'avait sans doute pas vu une paire de ciseaux ni un rasoir depuis plusieurs décennies. Il souriait à Cid. Il ne lui manquait aucune dent :

« Bonjour, monsieur Ryan, je vous attendais.
- Vous n'aviez rien de plus original ? »